La ville

Un jour froid, triste avec un ciel bas couleur d’étain gratifie l’atmosphère d’une morosité latente. Aucune chance que le soleil daigne pointer son nez. Il est 7 h. La ville se réveille.

Je hume l’air dans le calme du matin depuis la fenêtre ouverte de ma chambre. L’hiver semble s’éterniser. Le vent s’est levé. Les nuages fuient par dessus les toits.

Sur la place, grande, vide ou presque, je reconnais ma petite voisine de palier. Elle accompagne son fils à l’école, penchée en avant pour ne pas être déséquilibrée par les rafales .

En face de chez moi l’immeuble style année 30 m’offre sans le vouloir sujet à l’évasion. Une silhouette traverse une pièce, un geste, des voix bruyantes qui se perdent dans la rumeur du matin. J’imagine, j’invente une vie à chacun.

La vieille dame du premier, toujours les mains contre sa poitrine, croise les pointes de son châle. Elle semble attendre quelqu’un. Peut- être son fils qui ne lui accorde qu’une visite éphémère une fois par semaine ?

Le monsieur du deuxième, sa moustache et sa barbe, lui mangent tout le bas du visage. Ne serait-il pas un colonel à la retraite ne vivant que pour ses rendez-vous quotidiens au club de bridge ?

Il y a les deux jeunes hommes du troisième à l’allure efféminée, attifés d’accoutrements improbables, aux couleurs insolentes. Homosexuels ? Comédiens ? Pourquoi pas artistes de cirque.

La jeune fille du quatrième au teint si pâle, je l’ai surprise hier le visage collé à la vitre, le regard égaré, essuyant du revers de la main quelques larmes. Vit-elle un chagrin d’amour ? S’est-elle découverte une maladie grave ?

La bâtisse aux briques rouges sur la gauche ne m’inspire aucun scénario. Trop austère ! L’alignement à l’infini de toutes ces fenêtres m’évoquent un hôpital où une caserne.

Une semaine que je suis là et déjà je ressens la nostalgie de mon Afrique natale, sa capitale bouillonnante avec ses multiples ruelles, ses souks colorés, ses mélanges de senteurs, ses fragrances insolites. J’espère que cette ville grise et hermétique me permettra de découvrir son identité et peut être même ses secrets et sa poésie.

 

AUBEPINE

D’après un tableau de Edward Hopper