Sérénité…

 

 

Aujourd’hui, malgré le ciel bleu, peu de personnes sont venues jusqu’à moi. Juste trois femmes se sont données cette peine, c’est assez décevant.

 

Je reste immobile avec sur ma gauche mon ami le Pin qui gentiment s’incline comme s’il voulait toucher mon épaule. Je connais le Pin depuis plusieurs décennies. Je l’ai vu grandir, s’épanouir et tenter de se rapprocher un peu plus chaque année.

 

Derrière, la forêt nous fournit un rempart que je ne peux hélas, voir, mais dont je sens la bienveillance et la vie toute proche. Sur ma gauche encore, une construction en bois, avec un auvent protecteur sous lequel se reposent les gardiens. Je crois qu’ils sont deux aujourd’hui et que très probablement ils savourent leur thé en parlant de leurs familles, de la météo et des études des enfants…la routine.

 

Devant moi, mais légèrement en contrebas, une petite esplanade divisée par une allée de pierres. La couleur ocre du sable qui en recouvre chaque partie s’harmonise avec le crème de la pierre. De fait, toutes les couleurs sont celles de la nature, le bleu du ciel, les quelques nuages blancs, l’ocre du sable, le beige de la pierre, le vert des arbres, le brun de la maison des gardiens. Une belle harmonie qui me procure ainsi qu’à mes visiteurs, une sérénité nécessaire et bienvenue.

 

Tout à l’extrémité de l’allée de pierres, juste à mes pieds, mes trois visiteuses se tiennent debout devant l’autel. Elles ont revêtu pour la circonstance, leurs beaux habits de cérémonie. Je pense qu’il y a là trois générations: la grand-mère, la fille au milieu et la petite fille. Toutes trois inclinent la tête en signe de respect et d’amour.

Je les observe avec tout autant de respect et d’amour et leur murmure les mots d’apaisement qu’elles sont venues chercher.

 

Mes pensées sont quelque peu perturbées par deux pigeons blancs qui n’ont pas trouvé meilleur perchoir que mon poignet droit. Je me tiens, comme à mon habitude, assis, les mains presque croisées devant moi. Ces deux pigeons semblent avoir besoin d’une halte prolongée… pour se reposer ou discuter. Je ne peux pas bouger en ce moment, cela effraierait trop mes visiteuses. Je dois donc accepter avec patience ce petit désagrément… et me concentre pour transmettre mon message de compassion, de sagesse et plus que tout d’amour.

 

J’espère qu’elles perçoivent mes mots car ma parole est muette. Je ne peux ni bouger, ni parler. Je comprends tout, je suis immobile, assis en tailleur depuis une éternité.

 

Je suis Bouddha.

 

Garamond