Beauté de l’instant

 

Il y a le relief escarpé, cerné de gris bigarrés

Qui s’habille dans ses abîmes, d’un pan du manteau blanc.

 

Il y a le brouillard insidieux, opaque, téméraire

Qui s’invite insolant, disparate, tentaculaire

 

Il y a le champ de blé, lavé par les pluies de la nuit

Qui laisse présager fertilité, générosité.

 

Il y a la fillette au panier d’osier blanc

Qui fraîche, souriante, chantonne en dansant.

 

Il y a la jeune femme, gracieuse, élégante

Qui penche son visage et sourit à l’enfant.

 

Il y a l’homme corpulent, chaussé de sabots bruns.

Qui avance, renfrogné, déterminé, pressé.

 

Il y a les trois chapeaux du trio campagnard

Qui se balancent au rythme de ce gai tintamarre.

 

Il y a le tapis de fleurs, léger et ensorceleur

Qui frémit au rythme du vent persifleur.

 

Il y a le bosquet hérissé et touffu

Qui s’impose, consigné à l’orée du chemin.

 

Il y a ce paysage et ses couleurs, son éternel mystère, ses impressions confuses, ses émotions hâtives, ses questions sans réponse, qui invitent à l’évasion, au rêve. Complicité à la beauté de l’instant.

Aubépine

 

 

Paisible fin de printemps à l’approche d’un été timide et serein. La brume évanescente, discrète s’appuie légère sur les remparts gris coiffés de blanc — neige en retrait, mais tenace — ils marchent, ils s’arrêtent, ils contemplent l’immensité de la plaine aux verts tendres, bordée de futaies sombres annonçant la vallée qu’elles surplombent. Plaine paisible accueillant à foison les calices blancs de fleurs dont ils ne connaissent pas le nom et qui montrent la garde à l’orée de leurs vies. Ils vont vigilants et droits dans leurs costumes bruns sur un chemin de terre pâle se faufilant vers un horizon inconnu. Un buisson où l’on devine les épines acérées s’affirme face à la douceur présente. Ils sont trois : un homme, une femme, une enfant. Le père marche d’un pas décidé. En retrait, la mère demeure immobile et s’imprègne de l’instant présent. La fillette foulant les herbes hautes tient dans ses mains un petit bouquet qu’elle offrira à sa mère. Une lumière diffuse les caresses. Paysage grandiose où l’infiniment grand rejoint l’infiniment petit.

Michel