Écrire un texte narratif inspiré par ces tableaux de Nicolas de Staël.

  • Tu peux me répéter la consigne ?
  • Non, t’as qu’à écouter. T’es pénible à la fin.
  • Attends la sortie.

Nicolas fixe le prof, la fenêtre. Il n’est que 14h30 et le cours d’Arts Plastiques dure deux heures. Après il doit encore faire acte de présence au cours de géo. Nicolas ne comprend toujours ce qu’il fait dans ce bahut, à essayer de préparer un bac qui le saoule. Il est bien mieux dehors dans la cité avec tous ses potes. Mais en attendant l’heure de la sortie, il doit occuper son temps. Après quelques regards à droite et à gauche, Nicolas voit que les autres préparent leur boîte de peinture, les pinceaux et le gobelet d’eau. Il fait de même. Sauf que dans sa boîte ne restent que trois couleurs, bleu, noir et blanc.

  • Et merde ! Encore oublié d’acheter le matos. Mare, marre, marre… Je peux faire quoi avec ces trois couleurs. Tu parles d’un plaisir, marmonne-t-il.

Alors qu’il se penche un peu trop en avant pour essayer de guigner sur ce que fait son voisin, il renverse son pinceau plein de bleu sur sa feuille A4 Canson.

  • Parfait, c’est le ciel. Et je m’arrête là. J’étale un peu et c’est bon.

Nicolas repose son pinceau et pense à toutes ces choses qu’il n’a pas encore vues pour de vrai. La montagne, la mer. Faut dire qu’à seize ans, il n’est encore jamais vraiment sorti du 93. Sauf deux sorties avec le collège. La mer, ça il aimerait bien… Du coup, Nicolas se met à peindre un semblant de bateau, blanc et noir qui dégage une fumée surprenante. S’il avait du rouge, il lui flanquerait bien un drapeau à son navire à la dérive. Un beau « bleu, blanc, rouge ». Pas comme celui qu’il avait vu dans le catalogue d’exposition du prof : « Déambulations autour du drapeau ».

Poursuivre le récit en tenant compte du tableau suivant de Nicolas de Staël

C’était une nouvelle version du drapeau français. Bon d’accord, le gars il avait mis les bonnes couleurs, mais mal réparties. Faut pas être doué quand-même. Par contre le noir, je comprends pas pourquoi. S’il avait mis du jaune j’aurai compris avec ce qui se passe maintenant en France. Mais du noir ?

Noir comme du charbon ?

Noir de l’Anarchie ?

Avoir des idées noires ?

Broyer du noir ?

Peut-être bien que c’est ça. Broyer du noir. Ça s’accorde pas mal avec le moral des français. A force de toujours trouver l’herbe plus verte dans le pré du voisin, ils broient du noir… Tiens, il aurait dû mettre une touche de vert, le gars !!!

Et terminer en intégrant ce tableau

 

21heures 30 au pied de la cité.

Oh, je crois que j’ai trop fumé. C’est quoi là-haut ces mecs qui se penchent par-dessus le balcon du septième. Non, mais ils vont tomber ces bargeots. Faut faire quelque chose. Il y en a combien ? Quatre ? Cinq ? Ah bon dieu, j’arrive pas à compter. Non mais qu’est-ce qu’ils font ? Ils regardent quoi là en bas ? J’te parie qu’ils vont sauter. Je veux pas voir, je ferme les yeux. Ni vu, ni connu. Oh j’ai la tête qui tourne. Non mais sont encore là et personne s’est arrêté pour voir ce qui se passe. J’suis sûr que le temps que je monte, ils auront sauté. Je vais leur faire de grands signes. Ils vont comprendre que j’arrive. Allez les mecs, courage ! Sautez pas ! La vie elle est pas si pourrie que ça !

Tiens super, on dirait qu’ils m’ont vu. Génial ! Ca marche. Suis trop fier. Allez je continue encore un peu. Mais y font quoi ? On dirait qu’ils se marrent. Mais qu’est-ce qu’ils sont cons ! Faudrait savoir, on saute ou on saute pas. Mais ils rient de quoi ? Hein ?

Garamond