Je suis une fenêtre, vieille mais bien entretenue. Chaque jour, je fais de l’exercice physique, parfois trop, et surtout je ris. La vie m’offre ce cadeau.

J’ai en effet la chance d’être très bien entourée tout au long de la journée. A l’inverse, mes nuits sont solitaires mais ce repos est bienvenu.

Je n’ai pas de charme particulier mais je suis digne et discrète. Pas effacée, non, discrète. Mes yeux se posent souvent sur le mur borgne d’en face auquel je trouve un charme romantique. Ses briques roses et la légère mousse qui les recouvre me rappellent mes origines. J’aime la lumière du soleil qui le caresse, en fin de journée.

En ce qui concerne l’autre côté, la vue est réellement différente et surprenante…et parfois le spectacle peut être cocasse.

Plus jeune, je souhaitais ardemment être élancée, porteuse de froufrous et de rubans et dévoiler aux yeux des autres un monde merveilleux. Mais tel n’était pas mon destin,…et j’ai fini pas accepter.

Le matin, déjà très tôt, on vient m’admirer. Je suis celle qui dans cette petite pièce est la plus observée. Et j’en suis fière. Les hommes sifflotent… en regardant à travers mon âme. Jeunes ou moins jeunes, leurs regards sont présents et m’enveloppent.

Ma voisine me ressemble, à croire que nous sommes sœurs jumelles. Cela nous a toujours amusées. Pourtant je sens chez elle une certaine tristesse. J’ai essayé de savoir d’où provenait cette fêlure dans la voix et elle m’a un jour avoué qu’elle souffrait de l’indifférence des humains, des femmes surtout. « Les femmes me tournent toujours le dos… ! » m’a-t-elle avoué au bord des larmes.

 

Evelyne