Ce sont des moments précieux et enrichissants que la Ville de Lausanne offre aux lecteurs, sur inscription, lors des rencontres au Palace, avec les auteurs nominés en vue du Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne.

Ce dernier récompense un roman écrit par un(e) auteur(e) de Suisse romande, paru dans l’année. Cette année, il y a cinq ouvrages nominés. Le vote des lecteurs pour élire le ou la lauréat(e) se fera entre le 15 février et le 15 mars 2022.

Un grand merci à Madame Isabelle Falconnier et à toutes les personnes et instances à l’origine de cette manifestation et en lien avec cette dernière. Merci aussi au Palace de Lausanne, pour son accueil et le généreux apéritif offert à l’issue de la rencontre.

Lorsque j’ai appris que l’écrivaine Raluca Antonescu venait pour une rencontre au Palace le 2 octobre 2021, je me suis dépêchée de m’inscrire. Je n’avais encore jamais lu aucun ouvrage de cette auteure, mais divers articles lus ici et là m’avaient donné l’envie de découvrir son travail et son univers.

La rencontre a eu lieu avant ma lecture d’Inflorescence et toutes d’eux m’ont particulièrement touchée, enthousiasmée, marquée.

Raluca Anotonescu est vidéaste, peintre, écrivaine, enseignante en Arts plastiques. Elle a suivi une formation artistique aux Arts décoratifs et aux Beaux-Arts.

D’origine roumaine, elle est née en 1976 à Bucarest. Elevée avec son frère d’abord par leurs grands-parents en Roumanie, tous deux ont rejoint leurs parents en Suisse. La petite fille avait alors quatre ans. Les parents étaient des réfugiés politiques ayant fui le régime de Ceaucescu. La famille a d’abord vécu en Suisse alémanique, puis dans les cantons de Vaud et Genève. Elle a toujours été une grande lectrice. Ses parents lisaient beaucoup et les enfants ont toujours baigné là-dedans.

Parmi les auteurs qui lui sont chers, il y a Toni Morrison, Margaret Atwood, Gabriel Garcia Marquez.

Avant Inflorescence, Raluca Antonescu a publié en 2017 Sol et en 2014 L’inondation. Tous sont parus aux éditions La Baconnière. Tous sont en lien avec la thématique de la famille.

La jeune femme précise qu’il lui faut en moyenne trois ans pour écrire un roman. Pour Inflorescence, elle explique qu’elle s’intéresse beaucoup au transgénérationnel, à tout ce qui se transmet d’une génération sur les suivantes.

Son parcours personnel éclaire en partie son intérêt pour cela. En tant que fille de réfugiés politiques, elle a été apatride jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Elle estime donc qu’il lui a fallu du temps pour « avoir des racines ». C’est en amenant sa fille à l’école qu’elle a réalisé que peut-être la génération suivante pouvait « aider » la précédente. Elle s’est posée beaucoup de questions sur ce qui lui avait été transmis et explique que son héritage, à quarante-quatre ans, c’était peut-être d’accepter qu’elle était « morcelée, constituée de différentes pièces ». Dans sa vie, Raluca Antonescu exerce plusieurs métiers. Et dans ses romans, il y a toujours beaucoup de personnages…

Pour cette rencontre, l’écrivaine devait amener un objet important pour elle. Elle a choisi un objet traditionnel en Roumanie. Dans une région du nord de ce pays, les nonnes peignaient des œufs (vidés de leur intérieur). Il y en a toujours eu à la maison. Celui qu’elle a apporté, magnifique, a été réalisé par sa grand-mère. La coquille n’a pas été peinte, mais recouverte de petites perles multicolores. Ces œufs sont précieux pour elle, particulièrement dans les moments difficiles.

Inflorescence raconte des moments de vie de quatre femmes de générations différentes, toutes descendantes d’une femme qui en 1911, dans le Jura, voulait se débarrasser d’une grossesse non désirée. L’écrivaine explore, suggère, à travers les vécus et caractères de ces femmes, des pistes que le lecteur, la lectrice, peut s’imaginer plus ou moins rattachées à ce postulat de départ, cette grossesse non désirée… Tout cela est proposé très subtilement au lecteur, qui peut au fil du développement des histoires, rester libre de se faire son propre avis ou cheminement.

La nature, les éléments, la terre sont omniprésents, plus particulièrement les végétaux qui jouent des rôles principaux, diverses plantes accompagnant chaque personnage d’une manière ou d’une autre. La lecture devient organique, on se surprend, à sentir les odeurs du sol, des végétaux, voire même à jeter un coup d’oeil sur ses ongles pour vérifier s’il y a de la terre dessous ! Et enfin , il y a le Gouffre du Diable, ce lieu réel, vecteur sulfureux d’éléments terribles. Toujours présent au fil du récit, il distille son poison, concrètement sur le terrain, plus symboliquement dans le parcours des quatre femmes…

Inflorescence fait partie de ces romans particuliers que l’on dévore d’une traite et dont on sent qu’ils vont rester gravés dans notre mémoire profonde. Magistral.

À signaler que ce livre est un très bel objet en soi, couverture réalisée par l’auteure elle-même.

Merci à Raluca Antonescu pour sa dédicace très originale, sa générosité.

Francine

     

Aux Editions La Baconnière, romans de Raluca Antonescu : Inflorescence 2020, Sol 2017, L’innondation 2014.